vendredi 1 juillet 2011

Reconduction d'un père de famille à la frontière


Y.LEBARATOUX, F.MALORY,C-H.BOUDET



La réponse à sa demande de titre de séjour a été refusée; il avait obligation de quitter le territoire national

Un père de famille de 32 ans, d'origine tunisienne, domicilié a Draguignan, a été raccompagné à la frontière italienne. La réponse à sa demande de titre de séjour a été refusée; il avait obligation de quitter le territoire. Sa famille et la Ligue des Droits de l'Homme se mobilisent, un comité de soutien a été créé.




Sans papiers, un Tunisien de 32 ans est reconduit à la frontière italienne sous les yeux de sa famille et de quelques sympathisants.

Entré par l'Italie, il a rejoint sa femme à Draguignan en Novembre 2009, mais sa demande de titre de séjour s'est rapidement transformée en obligation de quitter le territoire national.

Père de 3 enfants, tous nés sur le sol français, il espère la délivrance d'un titre de séjour au motif de sa "vie privée et familiale».

La préfecture suit le dossier, mais n'a pas voulu commenter une décision de justice. Lasaad Saafi, espère encore pouvoir rapidement revenir en France; Il attend ses papiers à la frontière italienne, libre, mais seul.




Sa famille et la Ligue des Droits de l'Homme se sont mobilisées et un comité de soutien a été créé à l'école Jean Jaurès où le plus âgé de ses enfants est scolarisé.




la détresse de Wafa Saafi face à l’indifférence de l’administration



Le Préfet du Var n’est pas revenu sur sa décision. Ce matin, mercredi 29 juin, Lassad Saafi s’est présenté vers 9 heures au groupement autoroutier de la Gendarmerie du Luc qui l’a remis à la Police aux frontières en vue de sa reconduite en Italie.

Sa femme et leurs trois enfants étaient venus l’accompagner, ainsi qu’une dizaine de personnes qui n’ont pu cacher leur tristesse mêlée de révolte devant l’inhumanité de la situation.

La famille Saafi adresse un grand merci à tous ceux qui se sont mobilisés, toutes les personnes qui ont signé des pétitions – ces signatures auront leur utilité. Wafa Saafi est décidée à se battre pour que son mari revienne en France : ses enfants sont nés en France, il a le droit d’être auprès d’eux. Le Réseau éducation sans frontières (RESF) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) continueront à les soutenir.

[Mis en ligne le 25 juin 2011, revu et complété le 29





Le désespoir de Saafi Wafa

[Var-matin, 16 juin 2011]

« Personne ne m’écoute, je ne sais plus comment faire pour m’en sortir ! » Saafi Wafa, jeune mère sans emploi, a laissé éclater sa douleur et son désespoir... Accompagnée par ses trois enfants âgés de 5 ans, 2 ans et 6 mois, cette jeune Tunisienne de 25 ans a interpellé publiquement les autorités qui participaient aux remises de médailles. Calmée par le préfet du Var, Paul Mourier, et la sous-préfète de l’arrondissement de Draguignan, Corinne Orzechowski, Saafi a été conduite dans les salons de la sous-préfecture. Le temps de parler, d’être écoutée et de recevoir l’assurance que le préfet s’occuperait de son cas.

« Mon mari a été arrêté aujourd’hui [hier] au péage du Muy. C’est un Tunisien, il est sans-papiers et a été conduit au centre de rétention de Marseille. J’ai demandé à ce qu’il soit libéré. J’ai aussi été victime des inondations. Il y a un an, j’habitais avec ma famille un appartement dans l’avenue des Anciens combattants d’Afrique du Nord à Draguignan. » Le 15 juin, son logement a été sinistré. Depuis, Saafa et les siens occupent un appartement de 30 m² dans la vieille ville. « C’est trop petit pour cinq personnes. Le préfet a dit qu’il me trouvera autre chose. Je compte sur lui. »

J. J.

Rescapé des inondations, attendu au peloton d’expulsion




Le 15 juin dernier, Ouafa Saadi interpellait le préfet du Var Paul Mourier pour le sensibiliser à sa situation. Depuis, pas de nouvelle. D.P.

source : La Marseillaise

par ROMAIN ALCARAZ


Les associations se mobilisent pour Lasaad Saafi qui doit se rendre mercredi au poste autoroutier de la gendarmerie du Luc, direction l’Italie.




En juin 2010, la Dracénie a été touchée de plein fouet par la catastrophe naturelle que l’on sait. Parmi les innombrables victimes se trouvait la famille Saafi, un couple tunisien avec trois enfants. Pile un an plus tard, Lasaad, le père de famille, est arrêté suite à un contrôle routier. Il ne possède pas de carte de séjour valable, et est donc placé en centre de rétention à Marseille. Un peu plus tard, cette même journée, lors de la cérémonie commémorative des inondations, sa femme, Ouafa, bouleversée, bouscule le protocole en interpellant Paul Mourier, préfet du Var. Ce dernier lui promet d’étudier son cas.

Du côté de la préfecture, il est indiqué que la demande de Ouafa Saafi ne concernait alors qu’un problème de logement. Difficile à croire quand on sait que son mari a été interpellé quelques heures plus tôt seulement… En tout cas, du point de vue de l’hébergement, « nous sommes allés au bout de toutes les procédures pour aider cette famille », assure-t-on. Et en ce qui concerne la procédure d’Obligation de quitter le territoire français (OQTF) dont fait l’objet Lasaad ? Pas de commentaire.

L’affaire entre les mains du préfet

Des trois enfants des Saafi, l’aînée est scolarisée à l’école Jean-Jaurès, à Draguignan. C’est de là qu’est partie la mobilisation : le directeur de l’école a lui-même organisé un comité de soutien, avant d’afficher une banderole dans l’école. L’association Réseau éducation sans frontières (RESF), ainsi que la Ligue des droits de l’homme (LDH) se sont également saisi du dossier. Lundi, des représentants de ces deux associations ont été reçus en préfecture par une responsable du service des étrangers. « Cette personne nous a reçus très courtoisement, nous a écoutés, avant de confirmer que c’était le préfet qui déciderait », indique François Nadiras (LDH).

Marc Brulé, toujours de la LDH, section dacénoise, confirme le rôle primordial du préfet dans l’affaire : « Aujourd’hui, si Paul Mourier décide d’attribuer un titre de séjour à Lasaad, c’est fini, il peut rester en France. » Il poursuit : « Si Lasaad avait répondu au courrier de la préfecture pour obtenir son titre de séjour, il l’aurait certainement obtenu. » En effet, même si sa demande avait été rejetée, les arguments pour retourner cette décision ne manquaient pas : Lasaad est père de trois enfants tous nés en France, marié en 2004 et vivant en France depuis 2009. Mais voilà, le courrier indiquant le refus de demande de titre de séjour, envoyé le 26 juin 2010, était adressé au logement sinistré, que la famille avait bien évidemment quitté.

Lasaad signe un PV, mais ne sait pas lire le français

Suite à l’intervention peu orthodoxe de Ouafa Saafi, la situation a certes évolué. Mais pas d’une manière franchement significative. Une chose est toutefois positive : Lasaad a été libéré du centre de rétention, et est aujourd’hui astreint à résidence. « C’est sans doute la seule clémence à laquelle il fallait s’attendre du préfet », note Marc Brulé. L’homme raconte la suite des évènements : « Quand on est assigné à résidence, il faut "pointer" au commissariat. Et au cours d’une de ces visites, Lasaad a signé un procès-verbal dans lequel il manifeste son accord vis-à-vis de sa réadmission en Italie. » Pourquoi avoir signé ce document ? On ne peut que supposer… « Il ne lit pas le français », indique toutefois Marc Brulé. De là à penser qu’il n’était pas complètement au courant du document qu’il paraphait…

La procédure de reconduite à la frontière est prévue mercredi, avec un rendez-vous au peloton autoroutier de la gendarmerie du Luc à 8h45 auquel Lasaad doit se rendre suite à la signature du PV. Alors le temps presse pour le tissu associatif. Françoise Denis, de RESF, a porté en compagnie de François Nadiras une demande de recours gracieux. « Il y a aussi des pétitions qui circulent, notamment à l’école, pour aider cette famille qui a tout perdu dans les inondations. » Une lettre ouverte au préfet est également proposée par la LDH. L’association espérait lundi que Paul Mourier « saura privilégier l’aspect humain des choses ». Réponse demain.


voir aussi :

Signer la pétition en ligne - Lassad SAAFI doit pouvoir vivre en France avec ses enfants !





jeudi 21 avril 2011

LDH Cannes-Grasse: Le préfet bloque le "train de la dignité"

Le préfet bloque le "train de la dignité"

Un communiqué de la LDH Cannes- Grasse, le 18 avril 2011

Dimanche 13 avril, des associations, des syndicats, leurs militants, des citoyennes et des citoyens solidaires des réfugiés politiques qui en Italie ne parviennent pas à quitter ce pays pour une destination choisie ailleurs en Europe, avaient décidé, enthousiastes, de prendre à Gênes et tout au long du parcours jusqu’à Marseille un train ordinaire TER 17 486, qu’ils avaient appelé « Train de la dignité ».

Tous les passagers étrangers étaient titulaires d’un titre de séjour temporaire, délivré par l’Italie, valable 6 mois, qui les autorisait à se rendre dans un des nombreux pays (24) qui en Europe forment « l’espace Schengen ».
Pour des raisons inqualifiables, prétendant [...]
prévenir un trouble à l’ordre public, le préfet Lamy a suspendu à la frontière franco-italienne, par un arrêté, la circulation de ce train, privant de voyage tous ses passagers, les étrangers parfaitement en règle comme les passagers ordinaires. La section Cannes-Grasse de la LDH, qui en gare de Cannes a attendu en vain, à 14h57 avec d’autres citoyens le passage de ce train pour saluer solidairement les organisateurs de cette manifestation festive, entend exprimer son indignation face à cette mesure arbitraire et absurde.
Arbitraire, parce qu’aucun comportement, aucune déclaration des organisateurs comme des militants des droits de l’Homme ne menaçaient l’ordre public. Bien au contraire, la dimension ludique était affichée dans la manifestation.
Arbitraire aussi, parce que pour barrer la route à la liberté légitime de circuler d’un petit nombre d’étrangers, le préfet Lamy n’hésite pas, ce faisant, à mépriser les traités internationaux qui les y autorisent.
Arbitraire de plus, parce qu’en s’en prenant ainsi à des étrangers, il priva des citoyens ordinaires d’un droit élémentaire, celui de se déplacer.
Absurde enfin, parce que quelques heures plus tard, l’interdiction était levée et que tout ce qui avait été interdit ne le fut soudainement plus, démontrant ainsi le mépris dans lequel le préfet Lamy tient les hommes !

lundi 21 mars 2011

Le racisme envahi l'espace politique

Le racisme envahi l'espace politique

LEMONDE.FR le 21.03.11






De plus en plus ouvertement, le racisme envahit l'espace politique. Je ne veux pas ici évoquer le Front national mais bien une partie de la droite parlementaire et, à un moindre niveau, une partie de la gauche. L'accueil enthousiaste réservé par l'UMP aux suggestions d'Eric Zemmour de supprimer la législation antiraciste (et de supprimer aussi les maigres subventions aux associations…) est révélateur de ce qui n'est plus la dérive de quelques-uns mais une lame de fond.


L'accusation portée contre un potentiel candidat socialiste aux élections présidentielles de vivre à l'étranger et de ne pas ressembler à ceux et à celles qui peupleraient nos "terroirs", sans compter qu'il dirige une institution financière mondiale, n'est pas neutre. Et ce n'est pas faire preuve de terrorisme intellectuel que de constater que cette conjugaison entre argent et déni de loyauté et d'appartenance nationale rappelle les plus anciens stéréotypes antisémites. Quant aux musulmans, de lois stigmatisantes en questionnement sur la compatibilité de leur foi avec la République ou plus radicalement avec la nationalité française, ils sont devenus l'objet principal d'une rhétorique d'exclusion.

Voici qu'utilisée par ceux là-même qui, jusqu'à aujourd'hui, au mieux l'ignoraient, au pire la combattaient, la laïcité est détournée de son sens pour exiger de quelques millions de citoyens français, déjà souvent soumis au talon de fer social, qu'ils répudient leur religion pour être acceptés dans la communauté nationale. Nul n'est exempt de ce mal qui vient de loin. En 2005, la campagne présidentielle avait déjà fixé le cap avec la création du ministère de l'identité nationale et de l'immigration et l'appropriation par Nicolas Sarkozy de la vulgate d'extrême droite. Qui se souvient que dès juillet 2005, dans son discours aux ambassadeurs, le même Nicolas Sarkozy opposait, fût-ce pour en prévenir la guerre, "l'islam à l'Occident" ?

Qui se souvient qu'en mars 2006, était publié un manifeste, signé par de brillants intellectuels, qui, ne rechignant pas devant l'emphase, postulaient "qu'après le fascisme, le nazisme et le stalinisme", l'horizon du monde était oblitéré par "l'islamisme" ? Puis ce fût la xénophobie érigée en politique d'Etat, assimilant étrangers à la délinquance, à la polygamie, aux ghettos de banlieues, à cette invasion toujours brandie comme une menace et jamais survenue.

Vint ensuite le glissement inévitable des étrangers à ceux qui leurs ressemblent, entendons les demi-français. C'est ainsi que le 8 décembre 2009 Nicolas Sarkozy, sous prétexte de tolérance, fait des musulmans français des étrangers qu'il faut "accueillir" dans leur propre pays. Assignés à résidence communautaire, ils sont toujours désignés par leur origine (immigrés de la deuxième, troisième ou, bientôt, quatrième génération) ou par leur appartenance religieuse. Et que dire des préoccupations d'un ancien responsable du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) qui s'inquiète de la fécondité des femmes musulmanes de France et d'ailleurs ? Le débat sur l'identité nationale s'est inscrit dans la même logique, celle qui fige la France dans une geste immuable aux racines judéo-chrétiennes (mais plus chrétiennes que juives…).

Il a entraîné un tel défoulement contre les étrangers et les musulmans, réunis dans la même vindicte, que l'on sentait bien qu'il s'agissait de la dernière étape avant que le débat public ne sombre dans l'inacceptable. Nous y sommes. Les musulmans français ou pas sont sommés de faire leur examen de conscience et de répondre de nos peurs collectives. Que celles-ci soient bien réelles, et il en est de nombreuses, ou qu'elles soient du domaine de l'imaginaire, n'autorisent pas à les exploiter pour en rendre responsable une religion et ses adeptes. C'est pourtant ce que signifie le débat engagé par l'UMP, officiellement sur la laïcité, en réalité sur la compatibilité de l'islam et de la République, contredisant par là tous les principes de la laïcité.

Faut-il s'étonner dès lors de la cécité qu'a montré la diplomatie française face aux événements qui secouent le monde arabe ? Les discriminations que supportent ici les français musulmans expliquent aussi le mépris du gouvernement français à l'égard de ces "gueux" en révolte là-bas.

RELATION D'EMPATHIE

Et puisqu'en ces temps de salmigondis de la pensée, il faut aller jusqu'à dire l'évidence sauf à être suspecté de tous les maux, l'exigence naturelle d'une égalité des droits au profit des musulmans, la critique justifiée des discriminations qu'ils subissent n'impliquent en rien un renoncement à l'un quelconque des principes de la République ou de changer la loi de 1905 et encore moins la prétention à un régime dérogatoire. L'égalité des droits, le droit commun suffisent.

Mais pour que cette égalité prospère, il faut que s'allume cette lumière qui nous permet de voir dans l'Autre notre propre image, notre propre voix, qui nous permet de le reconnaître dans la même humanité que la nôtre. Le regard que l'on porte peut être celui de la part d'humanité qui nous est commune, il est aussi, c'est ô combien plus facile, l'exacerbation d'une altérité qui serait irréductible. Entre ces deux prismes, s'inscrit l'opposition, elle irréductible, entre l'empathie et le rejet comme point de départ de la relation qui se créée.

Je ne peux vivre sans cette relation d'empathie a priori. Je refuse de m'inscrire dans cette perception des différences qui font d'elles le début et la fin de toute relation humaine. Je ne peux vivre dans la méfiance permanente de l'Autre qui peu à peu s'étend naturellement au plus proche au point de ronger tous les rapports sociaux pour les transformer en concurrence. Et c'est parce que cette empathie nous est aujourd'hui servie, par ceux qui en sont exsangues, comme une tare qui détruirait notre cocon national que nous allons mal. Le génie dont on peut assurément créditer le peuple de France, c'est d'avoir compris, dès 1789, que la négation des droits d'un seul homme était la seule cause des malheurs publics et de la corruption des gouvernements.

La tâche de nos responsables politiques et de chacun de nous, c'est de continuer dans cette voie. C'est donc de construire des projets politiques qui nourrissent l'imaginaire et non de créer ou d'attiser la haine. Il est temps de le dire fortement : ceux et celles qui, incapables d'entendre la souffrance de tous et se perdent dans les querelles personnelles, n'éviteront pas la sanction de leur renoncement. Ceux et celles qui nous entraînent dans cette course à l'abîme, qui usent du racisme et de l'antisémitisme comme arme politique, perdent toute légitimité et légitiment la révolte.

Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des doits de l'homme (LDH)


jeudi 17 mars 2011

Libye

La section dracénoise de la Ligue des Droits de l'Homme déplore avec la plus grande fermeté qu'aucune action efficace n'ait été recherchée pour soutenir les populations libyennes dans leur lutte pour la démocratie au moment où le colonel Mouammar Kadhafi était en difficulté.

Assistant impuissants à un odieux massacre nous entendons interpeller les politiques , les organisations internationales et tous ceux qui peuvent agir, afin que toutes mesures soient prises pour que vive la démocratie.